République Démocratique du Congo : détention arbitraire, intimidations et menaces contre le DDH et journaliste Christophe Yoka Nkumu (communication conjointe)

Ce qui suit est basé sur une communication écrite par la Rapporteuse spéciale sur la situation des défenseurs et défenseuses des droits humains et une autre experte des Nations Unies et transmise au Gouvernement de la République Démocratique du Congo le 19 décembre 2025. La communication est restée confidentielle durant 60 jours afin de permettre au Gouvernement de répondre. Malheureusement, le Gouvernement n’a pas répondu dans ce délai. Si une réponse est reçue, elle sera publiée dans la base de données des procédures spéciales des Nations Unies

Depuis l’envoi de la communication, M. Christophe Yoka Nkumu demeure à risque d’être arrêté, et il semblerait que son domicile soit sous surveillance.

Ce qui suit est une version écourtée de la communication originale.

Lire la communication complète

CONTEXTE

Sujet : allégations de détention arbitraire, d’intimidations et de menaces contre le défenseur des droits humains et journaliste Christophe Yoka Nkumu, en lien apparent avec sa dénonciation de faits de mauvaise gouvernance impliquant des responsables locaux.

M. Christophe Yoka Nkumu est un défenseur des droits humains, journaliste indépendant et membre actif de la société civile de Bikoro, dans la province de l’Équateur, dans le nord-ouest du pays. Il est le coordinateur provincial à Bikoro du Panel des Experts de la Société Civile, une structure active dans plusieurs provinces de la République Démocratique du Congo depuis 2017 et œuvrant sur des thématiques de gouvernance locale, de lutte contre la corruption, de transparence, de sécurité communautaire et de promotion des droits humains. M. Nkumu est également Président de l’ONG Cadre pour le Développement et le Bien-Être (CADEB), basée à Bikoro, investie dans la défense des droits humains, la protection de l’environnement (notamment contre l’exploitation illégale des forêts et tourbières), l’accès à la justice et la lutte contre l’impunité. CADEB mène des activités de plaidoyer, de sensibilisation, de documentation des violations et d’assistance aux victimes. En tant que journaliste indépendant, M. Nkumu couvre régulièrement des sujets liés à la corruption, notamment dans le domaine de la santé, l’environnement et l’éducation. En février 2021, M. Christophe Yoka Nkumu, alors journaliste pour la radio communautaire Radio Liberté Bikoro, avait été arrêté et détenu durant plusieurs jours pour diffamation, en lien avec des allégations de corruption impliquant un député local.

ALLÉGATIONS

Au cours de l’année 2025, dans le cadre de son travail légitime et pacifique de défense des droits humains, M. Christophe Yoka Nkumu aurait dénoncé à de nombreuses reprises dans le cadre d’enquêtes et de publications des cas de torture et de mauvais traitements aux mains de la police à Bikoro, des cas de menaces et d’intimidations de la part d’acteurs politiques et militaires, et des affaires de détournements de fonds publics impliquant des responsables locaux.

Le 18 novembre 2025, aux alentours de 11 h 30, M. Christophe Yoka Nkumu aurait été convoqué par deux agents de l’Agence Nationale du Renseignement (ANR) à Bikoro et interpelé pour se rendre dans leurs locaux pour un interrogatoire enregistré. M. Nkumu se serait donc présenté dans les locaux de l’ANR et aurait été interrogé durant plusieurs heures à propos de ses dénonciations publiques. Il aurait également été la cible d’une forte intimidation de la part des agents de l’ANR. M. Nkumu serait ensuite resté détenu dans ces locaux, sans accès à de la nourriture ni à un soutien légal.

Le 19 novembre 2025, M. Christophe Yoka Nkumu aurait finalement été libéré par l’ANR aux alentours de 17 heures, après avoir dû payer une amende de 200,000 francs congolais (soit environ 75 euros), sans qu’aucun document officiel ni reçu ne lui ait été remis.

Depuis sa détention par l’ANR, M. Christophe Yoka Nkumu serait la cible de menaces verbales accrues via des appels téléphoniques et des audios WhatsApp. Ces menaces proviendraient de personnes proches d’acteurs politiques que M. Nkumu aurait dénoncé dans le cadre de son travail, notamment en lien avec l’exploitation illégale des ressources forestières dans le territoire de Bikoro. M. Nkumu aurait également été informé qu’un personnel gradé de la Police Nationale Congolaise (PNC), cité dans plusieurs cas de torture présumée rapportés par M. Nkumu, avait déclaré vouloir “éliminer” le défenseur des droits humains. De la même façon, M. Nkumu aurait appris qu’une figure de la politique locale avait pour objectif de “régler [son] cas”.

Face à cette montée des menaces et au sentiment d’insécurité physique et psychologique, et afin de se protéger contre d’éventuelles attaques, M. Christophe Yoka Nkumu aurait quitté le domicile familial et serait contraint à limiter ses déplacements.

PRÉOCCUPATIONS

Nous sommes profondément préoccupés par les allégations de détention arbitraire, d’intimidations et de menaces contre M. Christophe Nkumu, des actes qui semblent être en lien direct avec son travail légitime et pacifique de défense des droits humains et avec l’exercice de ses droits à la liberté d’expression, y inclus la liberté de presse, et d’association. Nous exprimons par ailleurs nos plus graves inquiétudes quant à l’apparente absence d’action ou de mesures de protection de la part du Gouvernement de la RDC pour assurer la sécurité de M. Nkumu.

Ces allégations, si elles étaient avérées, seraient en contradiction avec les obligations internationales contractées par le Gouvernement de la RDC, notamment concernant le droit à la vie, à la liberté et à la sécurité, le droit à la liberté d’expression et le droit à la liberté d’association tels que garantis par les articles 6, 9, 19 et 22 du Pacte International relatif aux Droits Civils et Politiques (PIDCP), ratifiés par la République Démocratique du Congo le 1er novembre 1976. Nous souhaiterions en particulier attirer l’attention du Gouvernement sur l’article 9 du PIDCP, qui précise que « tout individu a droit à la liberté et à la sécurité de sa personne. Nul ne peut faire l’objet d’une arrestation ou d’une détention arbitraire ». Ces droits sont également prévus dans l’article 9 de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Nous rappelons également les articles 6, 9 et 10 de la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (CADHP), ratifiée par la RDC le 20 juillet 1987, qui garantissent le droit à la liberté et à la sécurité, le droit à l’information, et la liberté d’association.

Nous souhaitons également porter à l’attention du Gouvernement de la RDC la Déclaration sur le droit et la responsabilité des individus, groupes et organes de la société de promouvoir et protéger les droits de l’homme et les libertés fondamentales universellement reconnus, également connue sous le nom de Déclaration des Nations Unies sur les défenseurs des droits de l’homme, en particulier les articles 1, 2, 6, 8(2), 9 et 12.

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