Ce qui suit est basé sur une communication écrite par la Rapporteuse spéciale sur la situation des défenseurs et défenseuses des droits humains et d’autres experts des Nations Unies et transmise au Gouvernement du Maroc le 4 novembre 2025. La communication est restée confidentielle durant 60 jours afin de permettre au Gouvernement de répondre. Le Gouvernement a répondu le 6 janvier 2026.
En raison de la surveillance sécuritaire marocaine à l’encontre des défenseurs des droits humains sahraouis qui nous a été rapportée, il n’a pas été possible d’obtenir de nouvelles informations sur la situation de la victime depuis l’envoi de la communication.
Ce qui suit est une version écourtée de la communication originale.
CONTEXTE
Sujet : la détérioration de l’état de santé du défenseur des droits humains Mohamed Embarek Lefkir, qui purge une peine de 25 ans à la prison de Tan-Tan, au sud du Maroc, et le manque de traitement médical et de visites familiales.
Mohamed Embarek Lefkir est un défenseur des droits humains qui a fait partie du groupe de sahraouis qui s’étaient installés en 2010 dans le camp de Gdeim Izik, au sud de la ville de Laayoune au Sahara occidental, pour protester pacifiquement en faveur des droits des sahraouis contre la discrimination qu’ils auraient subie de la part du gouvernement marocain.
M. Lefkir a fait l’objet d’une communication précédente, AL MAR 3/2017, envoyée le 20 juillet 2017. Nous remercions le Gouvernement pour sa réponse du 28 septembre 2017.
Les Procédures Spéciales du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies ont aussi exprimé des préoccupations concernant le traitement des défenseurs des droits humains, dans des communications antérieures adressées au Gouvernement marocain, y compris, ces cinq dernières années : MAR 2/2023 concernant la détérioration présumée des conditions de détention de trois défenseurs sahraouis des droits humains ; MAR 4/2021 concernant les conditions de détention des défenseurs sahraouis des droits humains ; MAR 5/2020 concernant des allégations de menaces, d’actes de surveillance, de détentions arbitraires et de mauvais traitements en détention. Nous remercions le Gouvernement marocain pour ses réponses à ces communications. Cependant, nous notons avec préoccupation les nouvelles informations reçues concernant le mauvais traitement en détention de M. Lefkir et le manque de soins médicaux nécessaires.
ALLÉGATIONS
Contexte
Le 8 novembre 2010, suite à l’intervention violente des forces militaires pour évacuer le camp de Gdeim Izik, et disperser la manifestation en faveur des droits des sahraouis de Gdeim Izik, des centaines de défenseurs et militants pour les droits des sahraouis auraient été arrêtés. Accusés d’avoir été les meneurs dans le campement de protestation et d’être responsables de la mort de neuf soldats lors du démantèlement du campement de protestation de Gdeim Izik ainsi que de la mort de deux soldats lors d’affrontements survenus le même jour dans la ville de Laayoune, en tout, 24 personnes ont été arrêtés, y inclus M. Lefkir.
D’après les allégations reçues, les détenus auraient été soumis pendant leur garde à vue à divers types de torture et traitements dégradants et inhumains, y compris des menaces et des insultes, des gifles et des frappes intensives.
Le 17 février 2013, les 24 défendeurs des droits humains auraient été condamnés à de lourdes peines d’emprisonnement par le tribunal militaire de Rabat.
Le 19 juillet 2017, la Cour d’appel aurait condamné M. Lefkir et quatre autres accusés à 25 ans de prison.
En 2023, le Groupe de travail sur la détention arbitraire a conclu que la détention de 18 personnes arrêtées lors du démantelement du camp Gdeim Izik, dont M. Lefkir, était arbitraire (Avis nº23/2023).
Concernant la condition de santé de M. Lefkir
Le 21 janvier 2021, M. Lefkir a été transféré de la prison locale d’Ait Melloul à la prison locale de Tan-Tan, au sud du Maroc. Depuis son arrivée à Tan-Tan, il aurait souffert d’un isolement complet et d’un refus de soins médicaux, malgré les plaintes répétées de sa famille.
Depuis le mois d’août 2025, sa santé se serait détériorée et le directeur de la prison lui aurait refusé l’accès à des examens médicaux et à un traitement pour [information confidentielle expurgée]. Les médicaments qui lui auraient été fournis en prison auraient été emballés dans des papiers blancs non marqués, sans aucune étiquette ni détail médical, ce qui soulève des inquiétudes quant à leur nature et leur sécurité.
Le 29 septembre 2025, son état de santé se serait gravement détérioré, nécessitant son transfert à l’hôpital régional Al Hassan II dans la ville de Tan-Tan afin de procéder à des examens médicaux en raison des maladies dont il souffre. Il a fait l’objet d’examens médicaux de base et n’aurait pas reçu de diagnostic approprié ni de traitement adéquat. Sa famille n’aurait jamais été officiellement informée de son transfert à l’hôpital ; ils l’auraient appris par le biais de publications sur Facebook, et non par une communication officielle de la prison.
Concernant les visites familiales
M. Lefkir ne reçoit pas régulièrement de visites familiales, car des restrictions strictes ont été imposées à sa détention. Les visites durent 15 minutes et se déroulent en présence d’un gardien de prison.
Sa sœur lui a rendu visite en août 2025. À la mi-octobre 2025, sa belle-mère lui a rendu visite. Le directeur de la prison lui aurait alors annoncé qu’aucun membre de sa famille ne serait autorisé à lui rendre visite à nouveau.
PRÉOCCUPATIONS
Dans cette communication, nous exprimons notre préoccupation quant aux allégations de conditions de détention sévères de M. Lefkir et de manque de traitement médical approprié. Nous soulignons toujours notre préoccupation sur la condamnation et le maintien en détention de défenseurs des droits humains, inclus M. Lefkir, en relation à leur participation dans la manifestation en faveur des droits des sahraouis de Gdeim Izik.
S’ils sont confirmés, les faits allégués ci-dessus pourraient contrevenir, entre autres normes, au Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), et au Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC), que le Maroc a ratifié le 3 mai 1979. Ils sont également en contradiction avec les l’Ensemble de règles minima des Nations Unies pour le traitement des détenus, également connues sous le nom de Règles Nelson Mandela.