République Démocratique du Congo : Une experte de l’ONU alerte sur les exactions à l’encontre de défenseuses des droits humains et de leurs familles au Sud-Kivu
GENÈVE (30 septembre 2025) – Une experte des Nations Unies a exprimé aujourd’hui son extrême préoccupation face à l’enlèvement et aux violences sexuelles présumées subies par quatre défenseuses des droits humains dans la province du Sud-Kivu, ainsi qu’à l’assassinat de la mère de l’une d’entre elles.
« Ces faits effroyables s’inscrivent dans un contexte déjà alarmant de violences systématiques envers les civils dans l’Est de la RDC, où les défenseurs des droits humains, et en particulier les femmes, sont régulièrement pris pour cible », a déclaré Mary Lawlor, Rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des défenseurs des droits humains.
Le 8 juillet 2025, les défenseuses Espérance Martha, Chancelle Ibrahim, Noëlla Deborah et Christine Byaziza, membres de l’organisation Femmes Artisanes d’Itombwe pour la Paix, le Développement et les Droits Humains (FAIPDDH), ont été enlevées par des membres présumés d’une milice coalisée aux RED-Tabara, Ngumino et Twirwaneho, alors qu’elles menaient un atelier de sensibilisation sur la santé et les droits sexuels et reproductifs dans le territoire de Mwenga, au Sud Kivu. Durant leur détention au secret, elles auraient été victimes de violences sexuelles et d’actes de torture, privées de soins et de nourriture.
Les quatre femmes se seraient évadées le 15 juillet 2025, profitant de la confusion lors d’affrontements entre les Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) et la milice qui les retenait. Depuis, elles sont devenues la cible de menaces de mort et ont dû fuir leur domicile pour entrer en clandestinité. Leurs familles respectives restent exposées à de graves risques. Le 4 août 2025, Jeanne Martha Upendo, mère de la défenseuse Espérance Martha, a été abattue à son domicile par des hommes armés non identifiés.
« Les défenseuses des droits humains se trouvent en première ligne de la lutte pour la paix, l’égalité et la justice », a déclaré Mme Lawlor. « Il est urgent de mettre fin aux exactions à leur encontre et à l’impunité prolongée qui entoure ces dernières ».
La Rapporteuse spéciale a exhorté l’État à garantir une enquête rapide, approfondie et impartiale sur l’enlèvement et la détention au secret des quatre défenseuses des droits humains de l’organisation FAIPDDH, ainsi que sur l’assassinat de Jeanne Martha Upendo. Elle a également appelé à l’adoption de mesures urgentes et effectives pour garantir la sécurité des défenseuses menacées, traduire les responsables en justice et rétablir un environnement sûr, propice au travail essentiel des défenseurs et defenseuses des droits humains en RDC.
« Je souhaite rappeler au gouvernement les obligations qui lui incombent en vertu du droit international des droits de l’homme et de sa propre législation nationale pour assurer la protection des défenseurs des droits humains contre toute violence et intimidation », a déclaré Mme Lawlor.
La Rapporteuse spéciale a rappelé que la situation sécuritaire dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu demeure dramatique. Les attaques de groupes armés contre les civils y sont fréquentes, et les informations rapportées par la Mission d’établissement des faits du Bureau des Nations Unies du Haut-Commissariat aux droits de l’Homme font état d’un usage choquant de la violence sexuelle par l’ensemble des parties au conflit.
« La communauté internationale ne peut rester indifférente à ces violences répétées », a conclu Mme Lawlor. « Les défenseurs des droits humains dans l’Est de la RDC doivent urgemment être protégés et soutenus – la réalisation d’une paix juste et durable dans la région l’exige ».
La Rapporteuse Spéciale est en contact avec le Gouvernement au sujet de cette situation.
FIN
*L’experte :
Adhèrent à ce communiqué de presse :
- Morris Tidball-Binz, Rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires ;
- Gina Romero, Rapporteuse spéciale sur le droit de réunion pacifique et la liberté d’association ;
- Claudia Flores (Présidente), Ivana Krstić (Vice-Présidente), Dorothy Estrada Tanck, Haina Lu et Laura Nyirinkindi, Groupe de travail sur la discrimination à l’égard des femmes et des filles.
Democratic Republic of Congo: UN expert warns of abuses against women human rights defenders and their families in South Kivu
GENEVA (30 September 2025) – A UN expert today expressed grave concern about the abduction and alleged sexual violence perpetrated against four women human rights defenders in South Kivu province, as well as the killing of the mother of one of the activists.
“These appalling acts are part of an already alarming pattern of systematic violence against civilians in eastern DRC, where human rights defenders, and women human rights defenders in particular, are consistently targeted,” said Mary Lawlor, Special Rapporteur on the situation of human rights defenders.
On 8 July 2025, women human rights defenders Espérance Martha, Chancelle Ibrahim, Noëlla Deborah and Christine Byaziza, all members of the organisation Femmes Artisanes d’Itombwe pour la Paix, le Développement et les Droits Humains (FAIPDDH), were abducted by suspected members of a militia group affiliated with the RED-Tabara, Ngumino, and Twirwaneho, while conducting a workshop to raise awareness on sexual and reproductive health and rights in Mwenga territory. During their incommunicado detention, they were reportely subjected to sexual violence and acts of torture, and deprived of medical care and food.
The four women allegedly escaped on 15 July 2025, during clashes between the Armed Forces of the Democratic Republic of Congo (FARDC) and the militia holding them captive. Since then, they have become the target of repeated death threats and have had to flee their homes to go into hiding. Their respective families remain at serious risk. On 4 August 2025, Jeanne Martha Upendo, mother of defender Espérance Martha, was shot dead in her home by unidentified armed men.
“Women human rights defenders are at the forefront of the struggle for peace, equality and justice,” Lawlor said. “It is urgent to put an end to abuses against them and the prolonged impunity surrounding such abuses.”
The Special Rapporteur urged the State to ensure a prompt, thorough and impartial investigation into the abduction and incommunicado detention of the four women human rights defenders from FAIPDDH, as well as the murder of Jeanne Martha Upendo. She called for effective and urgent measures to ensure the safety of the women human rights defenders under threat, bring those responsible to justice and restore a safe environment conducive to the essential work of human rights defenders in the DRC.
“We wish to remind the Government of its obligations under international human rights law and its own national legislation to ensure the protection of human rights defenders against all forms of violence and intimidation,” Lawlor said.
She recalled that the security situation in the provinces of North Kivu and South Kivu remains dire, and attacks by armed groups against civilians are frequent. Reports from the Fact-Finding Mission of the Office of the High Commissioner for Human Rights indicate shocking use of sexual violence by all parties to the conflict.
“The international community cannot remain indifferent to this recurring violence,” the expert said. “Human rights defenders in eastern DRC must be urgently protected and supported – the achievement of a just and lasting peace in the region demands it.”
The Special Rapporteur is in contact with the Government on the issue.
ENDS
*The expert:
Endorsed by:
- Morris Tidball-Binz, Special Rapporteur on extrajudicial, summary or arbitrary executions;
- Gina Romero, Special Rapporteur on the rights to freedom of peaceful assembly and of association;
- Claudia Flores (Chair), Ivana Krstić (Vice-Chair), Dorothy Estrada Tanck, Haina Lu and Laura Nyirinkindi, Working Group on discrimination against women and girls.